Autour de vous, les enfants du même âge enchaînent déjà les petits pas au parc, alors que le vôtre préfère encore se déplacer à quatre pattes ou sur les fesses. Forcément, les questions arrivent : « Est-ce normal ? », « Est-ce que je l’ai trop porté ? », « Et si quelque chose n’allait pas ? ».
La marche est une étape très visible du développement, donc très scrutée… parfois un peu trop. Pourtant, il existe une grande variation entre les enfants, et la majorité de ceux qui « marchent tard » vont très bien.
Dans cet article, on fait le point sur l’âge des premiers pas, les signes qui doivent amener à consulter et surtout tout ce que vous pouvez faire pour accompagner votre enfant sans le brusquer.
1. À quel âge les bébés marchent-ils vraiment ?
1.1. Les moyennes… et la réalité du terrain
On lit souvent que les bébés marchent vers 12 mois. C’est une moyenne, pas une norme stricte.
En pratique :
- Certains enfants font leurs premiers pas dès 10–11 mois.
- D’autres se lancent plutôt vers 14–15 mois.
- Et beaucoup marchent seulement vers 16–18 mois, sans que ce soit pathologique.
On considère généralement qu’en l’absence d’autre signe inquiétant, un enfant qui ne marche pas avant 18 mois peut encore être dans la variation du développement normal.
1.2. De nombreux facteurs influencent la marche
L’âge de la marche ne dépend pas que de votre façon de faire. Plusieurs éléments jouent :
- La prématurité : les enfants nés en avance peuvent atteindre les étapes motrices plus tard, en tenant compte de l’âge corrigé.
- Le tempérament : certains sont prudents, observent longtemps avant de se lancer.
- L’environnement : plus ou moins d’espace au sol, de possibilités de se hisser, de se déplacer.
- La motricité globale : un bébé qui a pris son temps pour tenir assis ou se retourner prendra parfois aussi son temps pour marcher.
Comparer votre enfant à celui de la voisine n’a donc pas beaucoup de sens : ils n’ont ni la même histoire, ni le même tempérament, ni le même corps.
👉 À lire en complément : « Développement moteur de bébé de 0 à 3 ans : les grandes étapes ».
1.3. Ce qui compte plus que l’âge : la progression
Plutôt que de se focaliser uniquement sur la date des premiers pas, on regarde la progression globale.
Par exemple, votre enfant :
- a-t-il appris à tenir assis, puis à se déplacer au sol ?
- se met-il debout en s’agrippant aux meubles ?
- fait-il des pas de côté en tenant un support ?
- se déplace-t-il autrement (quatre pattes, ramping, sur les fesses) ?
Si vous voyez ce cheminement, même lentement, c’est très rassurant : il construit les bases dont il a besoin pour se lancer un jour… à sa manière.
2. Quand faut-il commencer à s’inquiéter ?
2.1. Les situations où un avis médical est conseillé
Sans tomber dans l’angoisse, certains signes méritent de demander l’avis d’un pédiatre, d’un médecin généraliste ou d’un professionnel de la petite enfance.
Par exemple, il est utile de consulter si :
- Votre enfant ne cherche pas du tout à se mettre debout en s’agrippant vers 14–15 mois.
- Il ne se déplace d’aucune façon (ni quatre pattes, ni ramping, ni sur les fesses) vers 15–16 mois.
- Il semble très « mou » ou au contraire très raide dans ses mouvements.
- Vous notez une forte asymétrie (n’utilise presque qu’une jambe, marche sur la pointe d’un seul pied…).
- La marche n’est pas du tout commencée vers 18 mois, même avec appuis.
Ces signes ne signifient pas forcément qu’il y a un problème grave, mais ils justifient un examen plus approfondi pour vérifier que tout va bien ou proposer un accompagnement.
2.2. Prématurité et antécédents médicaux
Si votre enfant est né prématuré, a eu un séjour en néonatalogie ou présente une particularité médicale connue, votre suivi est souvent déjà un peu plus rapproché.
N’hésitez pas à :
- vous référer à l’âge corrigé plutôt qu’à l’âge civil pour les grandes étapes,
- poser toutes vos questions lors des consultations de suivi,
- demander, si besoin, un bilan auprès d’un kinésithérapeute ou d’un psychomotricien spécialisé.
2.3. Faire confiance à votre intuition de parent
Vous vivez avec votre enfant au quotidien. Si quelque chose vous semble inhabituel, même si cela ne rentre pas tout à fait dans une liste de « symptômes », votre ressenti mérite d’être entendu.
Vous pouvez :
- noter ce qui vous inquiète (postures, chutes fréquentes, refus de se mettre au sol, etc.) ;
- filmer quelques scènes de jeu ou de déplacement pour les montrer au médecin ;
- oser dire « je suis inquiète / inquiet » même si votre entourage vous trouve trop anxieux.
Un professionnel pourra vous rassurer ou vous orienter vers un suivi adapté, mais vous n’avez pas à gérer ces doutes seul(e).
3. Comment aider bébé à se préparer à la marche ?
3.1. Motricité libre : la meilleure alliée
La marche ne commence pas le jour où votre enfant se lève. Elle se prépare depuis longtemps grâce à tous les mouvements au sol.
Pour l’aider :
- offrez-lui un tapis ferme, assez grand, sur lequel il peut rouler, ramper, se mettre à quatre pattes ;
- évitez de le laisser longtemps dans des équipements qui limitent ses mouvements (transat, sièges, balancelles) ;
- laissez-le explorer différentes positions par lui-même : sur le ventre, sur le dos, à genoux, debout avec appui…
👉 À lire aussi : « Motricité libre : pourquoi c’est si important pour bébé » (article à venir).
3.2. Un environnement qui donne envie de bouger
Pour que bébé se lance, il doit avoir une bonne raison de le faire… et se sentir en sécurité.
Vous pouvez :
- installer des meubles stables à sa hauteur pour qu’il puisse se mettre debout et faire des pas de côté ;
- placer des jouets un peu plus loin pour l’inciter à se déplacer ;
- l’encourager en vous mettant à sa hauteur, bras ouverts, pour quelques pas motivants.
Le tout sans le forcer ni le mettre dans une situation qu’il ne maîtrise pas encore.
3.3. Chaussures ou pieds nus ?
À la maison, les pieds nus ou en chaussettes antidérapantes sont idéals : ils permettent à l’enfant de mieux sentir le sol, de renforcer ses muscles et d’ajuster son équilibre.
À l’extérieur, choisissez des chaussures :
- souples, légères, avec une semelle fine et flexible ;
- avec un bon maintien du talon, mais sans bloquer la cheville ;
- à la bonne pointure, sans comprimer les orteils.
Les grosses chaussures rigides qu’on enfilait « pour bien tenir le pied » ne sont plus recommandées.
4. Fausse idées sur la marche à déconstruire
4.1. « Il marche tard, donc il sera en retard partout »
C’est faux. Un enfant peut marcher à 17 mois et parler très tôt, ou l’inverse. Les domaines du développement (motricité, langage, social, etc.) ne progressent pas tous au même rythme.
Un « marcheur tardif » peut devenir un enfant très sportif plus tard. L’âge de la marche ne prédit pas les capacités futures.
4.2. « Il faut lui tenir les mains pour lui apprendre à marcher »
Tenir les mains d’un enfant pour jouer ou pour le rassurer est agréable, mais ce n’est pas nécessaire pour lui « apprendre » la marche.
Au contraire, le laisser trouver son équilibre par lui-même, en faisant ses essais, chutes et recommencements, lui permet d’ajuster plus finement sa posture.
4.3. Les trotteurs et youpalas : une fausse bonne idée
Beaucoup de professionnels déconseillent les trotteurs classiques (youpalas) : ils peuvent augmenter le risque de chutes et ne respectent pas le rythme naturel de la motricité.
Si vous souhaitez un support, préférez :
- un chariot de marche stable, utilisé sur un sol plat ;
- ou, tout simplement, les meubles de la maison auxquels il peut s’agripper.
5. Vivre sereinement l’attente des premiers pas
5.1. Se détacher (un peu) des comparaisons
Au parc, en crèche, dans la famille, on a vite fait de comparer les âges de marche. Pourtant, chaque enfant a son timing.
Rappelez-vous :
- Vous ne voyez souvent que ce que les autres enfants réussissent, pas leurs difficultés.
- Votre enfant est unique, avec ses forces et sa sensibilité.
- Votre rôle est de le soutenir, pas de le « faire rentrer » dans une moyenne.
5.2. Transformer l’inquiétude en actions concrètes
Si l’attente des premiers pas vous stresse beaucoup, vous pouvez :
- mettre en place plus de temps de jeu au sol chaque jour ;
- sécuriser davantage votre intérieur pour le laisser explorer sans peur ;
- poser toutes vos questions à votre pédiatre lors de la prochaine visite ;
- éventuellement demander une séance d’évaluation en kiné / psychomotricité pour être rassuré(e).
Avoir un plan d’action, même simple, aide souvent à se sentir moins impuissant(e).
👉 À lire ensuite : « Comment accompagner le développement moteur de 0 à 3 ans au quotidien » (article à venir).
5.3. Garder en tête l’essentiel
Votre enfant apprendra à marcher, aujourd’hui, dans trois mois ou dans six. La question est moins « quand ? » que « dans quelles conditions » : entouré, encouragé, respecté dans son rythme.
Si quelque chose vous inquiète, vous avez le droit de chercher de l’aide. Si tout va bien mais que cela prend du temps, vous avez aussi le droit de relâcher un peu la pression et de profiter de cette période où votre enfant n’a pas encore filé à toute allure.
6. À retenir
La plupart des enfants marchent entre 11 et 18 mois, avec une grande diversité de parcours. Un bébé qui ne marche pas encore à 15 ou 16 mois n’est pas forcément en retard, surtout s’il progresse dans les autres étapes motrices.
Restez attentif(ve) à sa progression, offrez-lui un environnement riche en mouvements et n’hésitez pas à consulter si un doute persiste. Vous n’êtes pas seul(e) pour accompagner ses premiers pas… qui arriveront, tôt ou tard, quand il se sentira prêt.
Sources & repères (France)
HAS – repérage des signes d’alerte du développement (ex : absence de marche à 18 mois)
Handicap.gouv – brochure repérage précoce (signes d’alerte à 18 mois)
Ameli – suivi médical du nourrisson (consultations et échanges sur le développement)
sante.fr – point sur trotteurs/youpalas et vigilance/risques